Onisep – Joaillier, un métier traditionnellement masculin

Comment êtes-vous devenue joaillère ?
C’est un choix qui s’est imposé progressivement car ce n’est pas ma formation initiale. Je m’étais inscrite en arts plastiques, après le bac, puis j’ai étudié l’histoire-géographie et les lettres à l’université, validé une maitrise de FLE (français langue étrangère) et enseigné le français dans les classes d’accueil pour les allophones. Mais très tôt, en parallèle, j’ai commencé à m’initier à la joaillerie, pour le plaisir, avant d’envisager une formation professionnelle en Belgique et d’en faire mon métier.
Et cheffe d’entreprise ?
Je me suis lancée dans cette aventure, il y a 3 ans, avec l’idée de développer ma propre marque, de créer des bijoux sur-mesure destinés à une clientèle particulière. J’ai décidé de réaliser une collection de pièces uniques tous les 2 ans. Une collection ne rapporte pas tout de suite, c’est une démonstration de savoir-faire. Pour l’amortir, je propose ces pièces à la location : par exemple, les mariés qui viennent me commander des alliances peuvent compléter leur parure de cérémonie avec des boutons de manchettes ou un bijou de tête. Ma première collection, en 2014, m’a valu quelques récompenses. J’ai été lauréate du concours Jeunes talents du Carrousel du Louvre et finaliste du concours régional Créatrices d’avenir qui encourage l’entreprenariat au féminin, car les chefs d’entreprise sont encore en majorité des hommes.
Les joaillers sont-ils plus nombreux que les joaillères ?
Il y a de plus en plus de créatrices en bijouterie-joaillerie. Mais elles ne sont pas forcément fabricantes. Traditionnellement, le travail « à la cheville », c’est-à-dire, la fabrication proprement dite, était réservé aux hommes. L’établi, en joaillerie, comporte une petite avancée de bois – « à la cheville » – qui sert de support à différentes phases du travail du métal. Les femmes étaient plutôt employées pour les finitions, au polissage. J’avais souhaité entrer chez les Compagnons mais il n’y avait pas de femme dans cette spécialité. La répartition femmes-hommes dans les métiers de la joaillerie a beaucoup évolué ces dernières années et continue de s’équilibrer. J’ai eu la chance- c’était encore relativement rare – de compter parmi mes maîtres de stage, pas seulement des joaillers, mais aussi des joaillères (cheffe d’atelier, créatrice). Cela a contribué à me donner confiance.
Quelles compétences sont mises en œuvre dans ce métier ?
C’est un travail précis et minutieux, où il faut faire preuve, en premier lieu, de dextérité. Pour acquérir celle-ci, comme dans tous les métiers d’art et d’artisanat, l’apprentissage des savoir-faire, en atelier, auprès d’artisan-ne-s chevronné-e-s, est irremplaçable. Cela demande du temps, de la patience et de l’humilité… la maîtrise de la matière est à ce prix. Quant aux savoirs théoriques, on en trouve l’application chaque jour. Aimer dessiner, activer sa créativité, ne pas être réfractaire aux différents calculs et mesures à effectuer. Pour la création sur-mesure, la relation clientèle est primordiale. On fait appel à moi pour des occasions comme les fiançailles, les mariages, les naissances ou les anniversaires. J’entre alors dans la fabrication des souvenirs, dans la sphère intime et personnelle dont le bijou doit être un reflet.
Quelles sont les étapes de fabrication d’un bijou ?
Une fois le projet défini avec les clients, à partir de propositions de formes que je dessine, j’achète les matières retenues : or, platine, pierres précieuses. Je commence par fondre le métal dans la lingotière, je lamine pour l’étirer. S’il s’agit d’un anneau, je le passe à la cambreuse pour l’arrondir, je soude, lime, émerise, puis le poinçonne. J’ai besoin de m’adjoindre les services d’autres professionnels du secteur qui vont effectuer : dans tous les cas, le polissage ; si le projet comporte des pierres, le sertissage ; et, selon les options des clients, la gravure et la laque.
Quel serait votre message à celles et ceux qui envisageraient ce type de projet professionnel ?
Se « mettre à son compte » est une prise de risque qu’il faut envisager avec prudence. L’installation exige un local, des machines, des outils, il faut se faire connaître. Cela un coût… Ensuite rentabiliser le travail est plus difficile qu’il n’y paraît : les matières premières sont chères, le temps à consacrer sur les pièces sur-mesure est important, mais la facture à présenter doit être acceptable pour le client. Toutefois, je serai incapable de déconseiller ce métier que j’adore. La manipulation des matières précieuses, la transformation du métal à partir de formes imaginées, tout cela reste merveilleux à mes yeux.

Lien avec photos: http://www.onisep.fr/Mes-infos-regionales/Ile-de-France/Equipes-educatives/Egalite-filles-garcons/Noemie-Briand-une-femme-a-la-cheville